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La prise de parole en public aux Etats-Unis

Loin de moi l’idée d’être d’une admiration béate vis-à-vis des Etats-Unis, mais force est de constater que s’il est un domaine où l’américain est supérieur au français, c’est bien la prise de parole en public.

Ayant travaillé en entreprise dans les deux pays, j’ai observé le comportement des participants aux différentes formations auxquelles j’ai assisté lorsqu’il leur a simplement été demandé de se présenter. Les résultats sont édifiants.
Les français vont avoir tendance à y aller à reculons, redoutant leur tour, démontrant une nervosité au moment de prendre la parole et tordant le cou à toutes les règles de la prise de parole réussie : hésitations s’exprimant par des mots « tics » ou des « euh » répétés, nervosité gestuelle, voix difficile à entendre (particulièrement en fin de phrases), regard fuyant… bref, l’exemple idéal de ce qu’il ne faut pas faire.
Les américains en revanche vont être beaucoup plus volontaires et appliquer de manière plus ou moins consciente les techniques de prise de parole : voix posée, sourire, regard droit dans les yeux de leurs interlocuteurs, absence de gestes parasites…
Caricatural allez-vous me dire ? Presque pas.

Pour savoir d’où vient cet énorme fossé entre nos deux pays il faut peut-être puiser dans les Histoires et les cultures si différentes de chaque côté de l’Atlantique. Il est utile de rappeler que les Etats-Unis s’étant construits à coup de vagues d’immigration, d’initiatives personnelles et d’entrepreneuriat, chacun a cherché à trouver les clés qui le mèneraient tout droit vers le succès et y a vu la nécessité de développer ses qualités de communicant, avec en premier lieu la capacité à être convaincant dans une situation de négociation en face-à-face ainsi que celle de se montrer persuasif et intéressant face à un auditoire. « Je veux réussir, je dois convaincre ». On y opposera naturellement la tradition plus étatiste française, moins à même d’encourager la prise de risque et la réalisation dans l’initiative. Qu’on ne s’y trompe pas, je ne suis pas en train de défendre à tout va un modèle américain qui génère tant de dysfonctionnements et qui brise tant de vies dans les engrenages dangereux d’une protection sociale inexistante et d’un capitalisme ébouriffé. Ce n’est certainement pas mon propos et je m’y perdrais dans des considérations qui ne relèvent pas de l’objet de cet article. Je cherche uniquement à souligner l’impact que ce fonctionnement a sur des citoyens élevés à la débrouille.

L’art de parler en public est donc outre-atlantique de l’ordre des connaissances obligatoires, au même titre que les mathématiques ou l’anglais. J’en veux pour preuve la lecture de l’article du wikipedia anglais sur la prise de parole en public (article dont l’équivalent est introuvable sur le wikipedia français). On peut y lire que « la prise de parole en public efficace peut être développée en adhérant à un club tel que Rostrum, Toastmasters International, Association of Speakers Clubs (ASC), Speaking Circles or International Training in Communication (ITC) dans lesquels on donne aux membres des exercices pour améliorer leur art oratoire. » On peut également constater qu’il existe un « North American Public Speaking Championship« , et surtout qu’il existe une National Forensic League destinée à « encourager et à motiver les lycéens à participer et à devenir des experts dans l’art oratoire », également organisatrice de tournois. Les lycéens américains sont donc invités à développer leurs compétences en prise de parole en public là où les lycéens français sont encouragés à rester passifs en cours et à ne prendre la parole que si on leur demande. Une simple recherche des termes « public speaking » et « middle school » sur google nous permet de constater que les collégiens eux-mêmes sont invités à développer leurs compétences dans ce domaine. Les élèves des écoles primaires sont quant à eux régulièrement sollicités pour présenter devant l’ensemble de la classe un objet dont ils vont expliquer la provenance ou la signification, ou encore parler de l’histoire de leur famille.

L’habileté à faire passer un message en public est une qualité que l’on peut avoir naturellement, mais si l’on souhaite devenir excellent, il est primordial de se pencher sur les techniques qui vont permettre aux aspirants-orateurs de se débarrasser de leurs plus désagréables habitudes dans ce domaine. Parler en public fait peur à tout le monde, et il est nécessaire de dépasser cette peur avant qu’elle ne se transforme en phobie. En France, on commence enfin à en prendre conscience et à proposer des formations adaptées.

Pascal HaumontLa prise de parole en public aux Etats-Unis
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