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Humour et prise de parole : Gad Elmaleh et l’investissement de l’espace scénique

Leur métier est de faire rire en s’adressant directement au public. Ils n’ont d’autre choix que d’être efficaces, excellents comédiens et de charmer leur auditoire : les humoristes de stand up sont des pros de la prise de parole.

Au cours des prochaines semaines, je vais m’attacher à regarder de plus près comment ils procèdent, quels sont leurs secrets ou leurs défauts.
Aujourd’hui, observons comment Gad Elmaleh prend possession de la scène.
Regardez cette vidéo (malheureusement, la vidéo a été interdite depuis la mise en ligne de l’article… mais les commentaires c-dessous sont toujours valables !) :

Dans les trente premières secondes du sketch, l’humoriste reste assez statique, accroché à sa chaise. Il joue celui qui ne comprend pas, qui est un peu ahuri devant la communication moderne et l’utilisation du téléphone portable pour envoyer des textos insignifiant.
Parler à un public, c’est être comédien, donc jouer.

Ensuite, jusqu’à la 45ème seconde, il se déplace tout en parlant. Ce déplacement est motivé d’une part par le fait qu’il change de point de vue (et par la même occasion de ton) : « En même temps c’est bien les textos parce que ça réchauffe le cœur », et d’autre part par la volonté d’atteindre la partie du public qui était éloignée de lui jusque là. Il ne s’agit donc nullement d’un déplacement artificiel ou nerveux.
Tout déplacement doit être motivé.
Il est important d’impliquer tout l’auditoire.

Nouveau déplacement à 1’05. Celui-ci est motivé par un changement d’idée et laisse le temps au public d’assimiler ce qui vient d’être dit (« C’est comme si tu disais : on sait jamais qu’est-ce qui va s’passer ») et donc de rire. Il est également de nouveau motivé par le fait d’impliquer la partie de l’auditoire qu’il avait délaissée depuis trente secondes.
Tout changement d’idée peut donner lieu à un déplacement.

Le reste du sketch se passe sur le même mode : déplacements motivés, implication de tout le public et retour à la chaise à 2’28 afin d’exprimer à nouveau un sentiment d’incompréhension et de doute. Pour le public, la proximité de cette chaise devient le lieu où Gad Elmaleh joue ce sentiment et le discours en est encore plus clair, donc renforcé.
La répétition des actions ou des paroles et la définition de repères clairs dans l’espace facilitent l’assimilation du discours par l’auditoire.

Gad Elmaleh ajoute à son talent de comédien et son humour une parfaite maîtrise de l’espace scénique qui accentue la proximité, la connivence et la complicité avec le public.

Pascal HaumontHumour et prise de parole : Gad Elmaleh et l’investissement de l’espace scénique
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