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Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est le meilleur orateur parmi tous les candidats

La popularité de Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de s’accroître depuis sa déclaration de candidature en janvier 2011. Comment a-t-il réussi un tel tour de force ?
Les raisons sont bien entendu multiples, mais nous allons nous attacher en en détailler une en particulier : son talent oratoire.

Jetez un œil sur son meeting de Montpellier le 8 février.

L’implication de l’auditoire

Tout d’abord, Jean-Luc Mélenchon salue systématiquement en début de meeting les gens présents ainsi que les personnes le regardant sur le web et à la télévision. Il n’oublie pas de remercier les militants ayant organisé l’évènement. Par cette introduction, il permet à chacun de se sentir impliqué dès les premières secondes dans le « spectacle » qu’il livre.
Ensuite, il prend soin de regarder l’ensemble de son auditoire, en se tournant alternativement vers les spectateurs se trouvant à sa droite et à sa gauche.
Enfin, il utilise bien plus souvent les pronoms personnels « nous » et « on » que « je ».

En impliquant ainsi l’ensemble des gens qui l’écoutent, en les appelant « mes amis », il leur signifie que ce sont bien eux les « héros » de l’ « histoire » qu’il est venu leur raconter. Il le souligne par ailleurs en précisant bien qu’il n’est qu’un « maillon dans la longue chaîne du temps » (7’50 ») et que « Nous créons avec le Front de Gauche, non pas une meute autour d’un personnage, mais une force politique consciente, éduquée » (9’04 »). Il en fait d’ailleurs un argument de campagne qu’il avance à chaque intervention publique.

Un mentor

Lors de ses rencontres publiques, Jean-Luc Mélenchon exhorte régulièrement ses troupes à être très à l’écoute des arguments qu’il leur sert pour dénigrer ses adversaires, afin de pouvoir en faire usage eux-mêmes au cours de leurs conversations quotidiennes. Il prend ainsi la posture du mentor, voire du professeur, renforcée par de fréquents appels au calme et à l’écoute.
Il ne cherche pas d’ailleurs à adapter son vocabulaire en fonction de ses interlocuteurs, comme peut le faire parfois Nicolas Sarkozy. Employant un langage courant, voire parfois soutenu, le message est « Nous construisons quelque chose ensemble, mais n’oubliez pas que c’est moi le leader ». Il ne se présente d’ailleurs pas, comme le font Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, en tenue décontractée, mais bien en costume-cravate.

Le rythme

Jean-Luc Mélenchon sait que pour retenir l’attention de son auditoire sur une longue période, il est essentiel de faire des ruptures : ruptures de rythme, de volume, de débit, montées en puissance… Il en use avec beaucoup de talent : regardez le, à 5’06 », proposer une nouvelle montée en énergie et en émotion qui le mène à son point culminant à 6′.

Il sait également utiliser à bon escient les silences, laissant à la salle le temps de peser le poids des mots qu’il vient de prononcer, créant ici un suspens, là une tension.

Enfin, il maintient l’attention grâce à des anecdotes et des pointes d’humour, comme lorsqu’au cours d’un meeting à Villeurbanne il moque le mouvement des bras  accompagnant le slogan de François Hollande, expliquant que se renseignant auprès d’un expert de la langue des signes il réalisa que ce geste signifiait « radio du thorax ». Rebondissant sur cette anecdote, il précise alors qu’une radio du thorax les informera fort à propos que « le cœur est à gauche et le portefeuille à droite ».

La posture

Jean-Luc Mélenchon porte presque exclusivement une cravate rouge et un costume gris lors de ses meetings. De la même manière, l’espace scénique est toujours rigoureusement identique. Cela prouve à quel point la mise en scène revêt une grande importance pour le candidat. Il s’agit encore une fois d’être un repère constant et fiable pour les électeurs.

Sa gestuelle est très présente, haute et ample, très théâtrale. Jean-Luc Mélenchon est un tribun et il donne physiquement de sa personne pour interpeller son auditoire. Pointant du doigt ici, serrant le poing là, tapant sur la table à l’occasion, il hausse le ton, fait des mimiques, sourit, éructe, bref provoque des émotions chez ceux qui l’écoutent et le regardent. Comédien, il propose un véritable spectacle sans lire aucune note, ce qui est une performance pour des meetings qui durent toujours plus d’une heure.

Comme l’immense majorité des politiques français, il s’exprime derrière un pupitre dont on sent qu’il l’embarrasse. Il oscille ainsi à gauche et à droite de celui-ci sans jamais pouvoir s’en séparer. Il gagnerait encore en force de conviction en s’affranchissant de cet accessoire inutile puisqu’il ne lit pas et en évoluant librement sur scène avec un micro-cravate ou un micro-serre-tête.

Le vocabulaire

Jean-Luc Mélenchon s’exprime de manière très naturelle et ne commet aucune faute de français contrairement à celui auquel on l’a parfois comparé : Georges Marchais. Son vocabulaire gravite autour de trois thématiques principales :

  • L’humain : femme, homme, citoyen, humain, dignité, courageux, proches, humanité, vérité, cœur…
  • Le combat : affronter, lutte, révoltés, insoumis, force, radicalité, têtes dures…
  • Le dénigrement : bêtise, imbécile, stupide, cruel, démente, vomit, nauséabond, salopard…

Si les deux premières thématiques sont courantes dans le langage politique, la troisième est ce qui fait la particularité du candidat. Cela renforce encore la posture du « professeur », distributeur de bons et mauvais points.

Au delà des idées, si Jean-Luc Mélenchon réussit à mobiliser ainsi l’intérêt, la sympathie et parfois l’adhésion, c’est donc par des grandes qualités d’orateur : maîtrise des ruptures, talent de comédien, usage pertinent de la langue. Mais c’est également par le choix d’une posture dont il ne déroge pas : celle du professeur, du mentor.

Découvrez l’article de Jean Sommer sur le même sujet.

Pascal HaumontPourquoi Jean-Luc Mélenchon est le meilleur orateur parmi tous les candidats
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5 commentaires

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  • paroche - 5 mars 2012 répondre

    J’ai pas franchement le temps de lire… mais j’ai vu les gros titres…

    Question orateur = 18/20 manque deux point et il le sait : retenir ses colères,(il a dit un jour que cela lui avait fait perdre 10 ans de sa vie)
    et j’ai peur que le coté « amusant », qu’il utilise parfois, (même si : j’adore perso) ne le fasse prendre pour une personne « à ne pas prendre au sérieux… »

    voilou …

    On a sur le forum une personne championne pour nous aidez à reconnaitre quand on se fait manipuler, il nous manque un conseillé en com… 🙂 A bientôt sur le forum ?

  • Nathanael - 8 mars 2012 répondre

    Oui, très bonne analyse.
    Incontestablement, hors de nos considérations politiques personnelles, force est de constater qu’il est dans la lignée des tribuns modernes. Doté d’un talent oratoire certain, je me suis longtemps posé la question s’il était coaché par des experts en communication ?

    pascalhaumont - 8 mars 2012 répondre

    Merci Nathanael.
    Son conseiller en communication est Arnauld Champremier-Trigano, mais je ne sais pas où s’arrête sa mission et si Jean-Luc Mélenchon est spécifiquement coaché pour la prise de parole en public…

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