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Les petits secrets de communication des candidats à la Présidentielle

Si régner sur les sondages n’était qu’une affaire d’idées ou de bilan, Philippe Poutou marcherait sur les traces d’Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon ne pourrait espérer un score plus important que celui de Marie-Georges Buffet et Nicolas Sarkozy ne devrait rien attendre après ses cinq années passées à l’Elysée. Mais voilà, la communication des candidats entre pour une grande part en compte lorsqu’il s’agit de se décider pour l’un d’entre eux. Ils se sont partagé les soirées du 11 et du 12 avril dans l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2 : l’occasion de faire le point sur leur talent oratoire.

Nicolas Dupont-Aignan, le surjeu

Le candidat de Debout la République a 51 ans. Il paraît cependant beaucoup plus jeune : visage rond, chevelure fournie, allure souriante. Cette apparente bonhomie est en contradiction avec l’image qu’il souhaite renvoyer : celle du candidat qui fait peur à Nicolas Sarkozy.
Nicolas Dupont-Aignan est très soucieux de sa communication : il s’exprime à grand renfort d’exclamations et ne rechigne pas à se mettre en scène. Malheureusement, les émotions qu’il tente de faire passer (le plus souvent l’indignation, la colère…) apparaissent plus surjouées que vécues. Cela se ressent dans des phrases telles que « je suis très étonné » ou par l’utilisation de « Ah » et de « Hoho » de manière un peu forcée.
Ensuite, ses mises en scène, souvent raillées par le Petit Journal et ici par Nathalie Saint-Cricq qui évoque en images le déchirement d’un billet géant de 10 Euros tombent parfois à plat.
Enfin, Nicolas Dupont-Aignan devrait utiliser des histoires, des exemples, des anecdotes pour étayer son propos : lorsqu’il parle d’un quartier de sa ville il devrait le nommer, lorsqu’il propose que les français deviennent actionnaires de leur entreprise, il devrait nous livrer une « succes story » sur le sujet, etc.

Nicolas Dupont-Aignan s’est construit un personnage qui sonne faux, fabriqué et qui ne résonne pas avec ce qu’il dégage. C’est ce décalage qui l’empêche d’être convaincant et donc de décoller dans les sondages. Franz-Olivier Giesbert le résume avec cette formule lapidaire : « gaulliste de poche ».

Eva Joly, la monotonie

Les lunettes d’Eva Joly étaient rouges. Aujourd’hui elles sont vertes. Cela ne change rien : elle regarde toujours par dessus, ce qui lui confère un air inquisiteur, soupçonneux. Autre écueil : la candidate a des tics qui perturbent la clarté de son discours : un tic avec la bouche et un tic de langage – beaucoup de phrase commençant par « alors ».
Mais ce qui frappe le plus lorsqu’on l’écoute, c’est la monotonie de son discours : aucune rupture de rythme, de volume ou d’émotion. De plus, elle sourit peu. Conséquence : on a le sentiment qu’elle n’y croit pas. Ce sentiment est renforcé par le mouvement de tête un peu automatique qui lui confère un style « robot ». Résultat, elle dégage une certaine froideur et ne crée pas le contact avec les téléspectateurs, d’autant plus qu’elle regarde souvent vers le bas.
Cependant, il est intéressant de constater qu’Eva Joly s’anime et devient naturelle lorsqu’elle se met à parler des « affaires » Bettencourt et Karachi. Faut-il en conclure qu’il s’agit du seul sujet qui passionne l’ancienne juge d’instruction ?

Eva Joly est la plupart du temps « éteinte » et est incapable de ressentir ou de feindre l’enthousiasme et de la passion pour son nouveau métier de femme politique. Il fallait donc s’y attendre : ennuyeuse, elle ne décolle pas dans les sondages.

François Hollande, la sympathie bonhomme

François Hollande ne commet aucune erreur de forme : il est souriant, apparaît à l’aise et dynamique. Il appuie bien sur les mots importants et répète ceux qui lui paraissent essentiels : « redresser » par exemple. Il théâtralise son intervention en variant les intentions et les émotions. La seule chose qu’on peut lui reprocher c’est de parfois « bouler » (ce terme est utilisé par les comédiens pour parler de quelqu’un qui va « manger » certaines syllabes).
Sa stratégie est simple : il oppose systématiquement le « je/moi » et le « il/lui/Nicolas Sarkozy ». Et on l’a remarqué, il tente depuis des mois de se donner une stature présidentielle et d’apparaître moins lisse. Malheureusement, cette stature présidentielle lui fait toujours défaut bien qu’il apparaisse plus sympathique que l’actuel Président de la République si l’on en croit le sondage évoqué au cours de son intervention par les journalistes.

François Hollande est encore largement en tête dans les sondages qui le donnent vainqueur haut la main au deuxième tour face au Président sortant. Il peine encore un peu à trouver la crédibilité qui l’installerait de manière certaine dans le fauteuil de son adversaire.

Marine Le Pen, la virulence dédaigneuse

La candidate du Front National a choisi sa tenue avec soin : loin d’être classique, sa veste aux teintes marron-vert avec des épaulettes rappelle l’uniforme militaire. Une manière d’annoncer d’emblée de jeu qu’elle est là pour revenir aux fondamentaux de son parti : l’ordre, la sécurité et l’immigration.
Pour faire passer son message, elle choisit sa posture et n’y déroge pas : combative, virulente, elle interpelle les journalistes, essayant de créer une complicité avec le téléspectateur qui se sentirait représenté dans son opposition aux élites parisiennes. Ironique, elle pratique le dénigrement à tour de bras sur un mode très familier. Elle est en cela fidèle à l’esprit familial avec une touche qui lui est personnelle : le sourire.
Pour étayer son propos, elle se repose sur des exemples précis. Elle insiste bien sur les mots importants et répète ceux qui lui semblent essentiels.
Le seul bémol à apporter à sa prestation réside dans sa démonstration finale : elle exhibe un dessin sur lequel elle a tracé neuf points et propose de trouver comment joindre ces points en seulement quatre traits. L’idée sous-jacente est de démontrer la nécessité de trouver la solution à certains problèmes en sortant du cadre de référence puisque pour résoudre l’énigme il faut dessiner deux traits qui sortent du « cadre » défini par les points extérieurs. Amenée dans la précipitation, dessinée à la main, on ne saisit pas bien le rapport entre cette énigme et le programme de la candidate, ce qui la fait terminer sur une note brouillonne.

Marine Le Pen communique très efficacement. Elle ressert cependant des recettes qui ont fait le succès de son parti depuis des décennies, et l’érosion de son score dans les sondages est certainement à chercher du côté de Jean-Luc Mélenchon qui, lui, apporte du nouveau en termes de communication.

Philippe Poutou, l’élève-candidat

Le candidat du NPA commet toutes les erreurs possibles en termes de techniques de prise de parole : il porte un gilet, deux boutons de sa chemise sont ouvertes, il est mal rasé, mal coiffé, exhibe des cernes sous les yeux, renifle, est affalé sur la table… Il porte des regards inquiets et fuyants lorsqu’on lui pose la première question, il s’essuie les mains sur son pantalon, parle trop vite, perd le fil de son raisonnement, ne finit pas ses phrases, utilise un langage ultra-familier… Bref, il est devant les caméras comme dans la vie.
Pourtant, lemonde.fr relève que Philippe Poutou est le candidat qui a le plus crevé l’écran au cours de cette première soirée. Pourquoi ? Parce qu’il a été sincère, drôle, touchant, naturel, qu’on a écouté avec attention l’histoire de cet ouvrier devenu candidat un peu malgré lui à la Présidentielle et qu’on s’est dit : « dans la même situation, je n’en mènerais pas large non plus. »
Mais voilà, vote-t-on pour un candidat qui nous ressemble ? Certainement pas. On vote pour quelqu’un qui va être un guide et qui va être capable de défendre nos idées mieux que nous auprès de ceux qui sont inaccessibles, ce qui explique le succès de la candidature de son prédécesseur, Olivier Besancenot.

Mercredi soir, ce n’est pas le candidat Poutou qui a crevé l’écran mais plutôt l’homme, Philippe. Au lieu de se placer en guide, il a pris la posture de l’élève, de celui qui apprend à être candidat : il n’y a qu’à voir son sourire de satisfaction lorsqu’il termine à la seconde près sur le son de la cloche ou son air contrit quand on lui demande de ne pas interrompre le journaliste.

François Bayrou, le poussiéreux

Le candidat du Modem apparaît calme, paisible, tranquille et sûr de lui. Il est plutôt penché en avant sur sa chaise, signe d’implication, il insiste bien sur les mots importants et fait des pauses quand elles sont nécessaires. En apparence, il ne commet aucune erreur, à part quelques « euh » et une élocution quelque peu hachée, presque enfantine.
Comment s’est-il ainsi fait distancer dans les sondages par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ? Tout simplement parce que contrairement à ces deux candidats il n’apporte rien de nouveau sur le plan de la communication.
Le style de François Bayrou est vieillot et on s’ennuie quand on l’écoute. Il ne théâtralise pas, ne joue pas les personnages qu’il évoque, ne donne pas d’exemples précis, parle peu des électeurs en tant qu’individus. Ses références sont trop éloignées de celles de son électorat : Henri IV, l’Edit de Nantes… Lorsqu’il s’énerve, on a du mal à le prendre au sérieux parce que sa voix ne change pas : elle reste douce et égale.

Face aux deux bulldozers de communication que sont la candidate du Front National et le candidat du Front de Gauche, François Bayrou fait vieillot. Même le nom de son parti n’est pas à la page : il y a longtemps que les français ont troqué leurs modems contre des « box »…

Jacques Cheminade, le savant fou

Jacques Cheminade est le plus âgé des candidats, et au premier abord il a tout du Papy sympa – avec ses défauts. Son élocution est peu claire, ses phrases sont alambiquées. Il sourit quasiment tout le temps, est très poli et n’entre jamais dans le registre de l’indignation. Sa voix est un peu rentrée, pas suffisamment posée.
Il appuie en revanche bien sur les mots importants et ne commet pratiquement aucun « euh ». Mais à l’écouter, il passe du Papy sympa au savant fou, et on a vite envie de se dire qu’il est peut-être dangereux.

Ovni par ses propositions, Jacques Cheminade ne parvient jamais à nous convaincre qu’il est quelqu’un de sérieux, et semble glisser sur cette campagne sans jamais réussir à motiver qui que ce soit à voter pour lui.

Nicolas Sarkozy, le pro en roue libre

Le Président de la République se présente aux français en costume noir, cravate noire, voulant nous faire comprendre : « la situation est grave, je suis l’homme de la situation, sobre et surtout pas bling-bling ». Il a développé toute une palette de communicant d’une efficacité absolument redoutable. Il insiste bien sur les mots importants, qu’il répète quand il le juge nécessaire, fait des silences, utilise des superlatifs, est comédien : il vit les choses avec son corps et sa voix plutôt qu’il ne les joue. Sa palette est immense : séduction, mépris, indignation, colère, détermination, victimisation… C’est ainsi qu’il maintient un intérêt constant du téléspectateur avec une facilité ultra professionnelle.
Sur le plan de la rhétorique, sa technique est bien rôdée : questions qu’il pose lui-même et dont il apporte la réponse immédiatement, essayant ainsi de ne laisser au téléspectateur aucun autre choix que celui d’être d’accord, hyper personnalisation (« je », « moi », …), évocation de tout avis ou fait comme une évidence, apostrophe de ses interlocuteurs (« permettez-moi de vous dire »).

Le Président fait du Sarkozy comme on le connaît par cœur, quitte à lasser. C’est en restant fidèle à son mode de communication qu’il a réussi à grignoter quelques points dans les sondages, a priori trop peu pour espérer conserver son fauteuil dans quelques jours.

Nathalie Arthaud, la débutante

Malgré le fait qu’elle soit souriante et naturelle, Nathalie Arthaud n’est pas une pro de la politique. Comme Philippe Poutou, elle commet un grand nombre d’erreurs sur le plan de la communication : elle joue sur une seule émotion (la colère), a des tics de langage (« vous savez », « euh », « quand même »), ne termine pas ses phrases, parle vite, est désarticulée avec la tête rentrée dans les épaules et lorsqu’elle tente une mise en scène, c’est pour montrer une feuille absolument illisible.
En revanche elle livre des exemples pour étayer ses propos et utilise des analogies parlantes (parallèle entre l’interdiction des licenciements et l’interdiction de l’expulsion locative…).

Nathalie Arthaud oublie qu’elle s’adresse en priorité aux téléspectateurs à travers les journalistes et qu’il est essentiel de les prendre en douceur afin de ne pas lâcher tout le monde dès la première minute.

Jean-Luc Mélenchon, le prof préféré

Pour moi Jean-Luc Mélenchon est le meilleur orateur de cette campagne. Et cela s’est confirmé une nouvelle fois au cours de l’émission. Il donne l’impression de se balader dans cette interview, à l’aise comme un poisson dans l’eau. Ses gestes sont amples, il rit, fait de l’humour, vitupère, harangue, pointe du doigt, jubile… Il n’hésite pas à se moquer gentiment des journalistes et force le respect avec l’utilisation de termes soutenus ou désuets tels que « olibrius », « au demeurant », « coi », « piapiater » et « sornettes ». Bref, on est au spectacle et on aime ça.
Mais ce qui marque sa différence, c’est que son discours suit une véritable progression : contrairement aux autres candidats qui pour la plupart utilisent un seul registre, il passe distinctement de la convivialité au début de son intervention à la colère à la fin.

Par une maîtrise naturelle de la communication orale et le choix d’une posture de « professeur » dont il ne déroge pas, Jean-Luc Mélenchon a su s’imposer comme un grand tribun, démontrant ainsi qu’en politique tout n’est pas qu’une affaire d’idées mais aussi de communication.

Pascal HaumontLes petits secrets de communication des candidats à la Présidentielle
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