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La fuite d’eau de Sarkozy : les limites de l’analogie

J’ai eu l’occasion de l’écrire de nombreuses fois sur ce blog : il y a trois outils redoutablement efficaces quand il s’agit de mettre en valeur son message et de toucher son public en plein cœur :

  • les anecdotes
  • le vécu du public, avec des phrases dans le style : « il vous est arrivé de… »
  • les analogies, avec des phrases du type : « … c’est comme… »

Voici quelques exemples d’analogies :
“L’amitié, c’est comme un bon vin ça mature en vieillissant et ça se déguste”
“La vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber”
extrait du film Forrest Gump
“L’intelligence c’est comme les parachutes, quand on n’en a pas on s’écrase”
– Pierre Desproges
“L’informatique c’est comme le bateau à voile, tout le monde peut en faire, mais si on veut naviguer il faut acquérir quelques notions”
“le marketing direct, c’est comme pêcher avec un filet : on attrape toute sorte de poissons et même des bouts de pneus mais c’est pas forcément bon à manger”
“Etre un chef de projet c’est comme être un chef d’orchestre : il ne doit pas savoir jouer de tous les instruments, mais il doit connaître leur son et savoir quand ils doivent jouer”
Les analogies sont très utiles pour faire passer des notions un peu techniques :
“Programmer un site web avec le langage HTML, c’est comme faire une construction en légo : vous avez d’abord vos blocs de contenus de différentes formes, couleurs et tailles et ensuite vous les disposez les uns au-dessus ou à côté des autres.”

Nicolas Sarkozy sait mieux que quiconque l’importance de créer des émotions chez son public pour mieux les convaincre. Et il sait, comme tous les politiques, utiliser ces trois outils avec brio.
Il en a malheureusement testé les limites jeudi devant les militants du parti « Les Républicains » du Val d’Oise réunis à L’Isle-Adam. Parlant de la proposition de la Commission européenne de répartir les demandeurs d’asile entre les pays de l’Union, il a plaisanté :
« C’est un peu si vous voulez comme une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et, si ça ne suffit pas, il reste la chambre des enfants. »

Il crée ainsi quatre ponts dans l’esprit de son public :

  • 1 – Les pays de l’Union = les pièces d’une maison
  • 2 – La Commission européenne = un plombier
  • 3 – Les demandeurs d’asile = un flux d’eau dans une canalisation
  • 4 – L’arrivée des demandeurs d’asile en Europe = l’explosion d’une canalisation

Si l’on réfléchit froidement au parallèle ainsi établi, l’analogie est cohérente et bien choisie. Elle devrait donc fonctionner et permettre de comprendre la question ainsi posée. Mais ce faisant, l’efficacité de l’analogie est soumise à la morale de ses interlocuteurs. L’analogie ne fonctionne qu’auprès de celui qui est prêt à accepter moralement les 4 ponts. Il suffit qu’un de ceux-ci soit repoussé de manière épidermique pour qu’elle ne soit plus pertinente pour celui qui la rejette.
Le 1er pont est certainement acceptable par tout le monde.
Le 2ème est déjà problématique pour certains.
Le 3ème devient compliqué pour beaucoup.
Le 4ème suscite le rejet d’une grande partie de la population.
En revanche, l’analogie est extrêmement pertinente et donc très efficace pour celles et ceux qui sont prêts à accepter moralement les quatre ponts.

En réduisant la question des demandeurs d’asile à un problème domestique, Nicolas Sarkozy est cohérent dans sa stratégie : séduire à sa droite, repousser à sa gauche pour se poser ensuite en victime. Rien de nouveau donc, mais c’est quand l’émotion double aussi nettement la raison que les hommes et femmes politiques perdent en crédibilité.

Personnellement, je ne peux moralement pas accepter cette analogie. Elle suscite donc pour moi le rejet et l’argument rationnel qui est derrière devient pour moi parfaitement inaudible. Et pour vous ?

Pascal HaumontLa fuite d’eau de Sarkozy : les limites de l’analogie
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