Les petits secrets de communication des candidats à la Présidentielle

 

Candidats Présidentielle 2012

Si régner sur les sondages n’était qu’une affaire d’idées ou de bilan, Philippe Poutou marcherait sur les traces d’Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon ne pourrait espérer un score plus important que celui de Marie-Georges Buffet et Nicolas Sarkozy ne devrait rien attendre après ses cinq années passées à l’Elysée. Mais voilà, la communication des candidats entre pour une grande part en compte lorsqu’il s’agit de se décider pour l’un d’entre eux. Ils se sont partagé les soirées du 11 et du 12 avril dans l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2 : l’occasion de faire le point sur leur talent oratoire.

Nicolas Dupont-Aignan, le surjeu

Le candidat de Debout la République a 51 ans. Il paraît cependant beaucoup plus jeune : visage rond, chevelure fournie, allure souriante. Cette apparente bonhomie est en contradiction avec l’image qu’il souhaite renvoyer : celle du candidat qui fait peur à Nicolas Sarkozy.
Nicolas Dupont-Aignan est très soucieux de sa communication : il s’exprime à grand renfort d’exclamations et ne rechigne pas à se mettre en scène. Malheureusement, les émotions qu’il tente de faire passer (le plus souvent l’indignation, la colère…) apparaissent plus surjouées que vécues. Cela se ressent dans des phrases telles que « je suis très étonné » ou par l’utilisation de « Ah » et de « Hoho » de manière un peu forcée.
Ensuite, ses mises en scène, souvent raillées par le Petit Journal et ici par Nathalie Saint-Cricq qui évoque en images le déchirement d’un billet géant de 10 Euros tombent parfois à plat.
Enfin, Nicolas Dupont-Aignan devrait utiliser des histoires, des exemples, des anecdotes pour étayer son propos : lorsqu’il parle d’un quartier de sa ville il devrait le nommer, lorsqu’il propose que les français deviennent actionnaires de leur entreprise, il devrait nous livrer une « succes story » sur le sujet, etc.

Nicolas Dupont-Aignan s’est construit un personnage qui sonne faux, fabriqué et qui ne résonne pas avec ce qu’il dégage. C’est ce décalage qui l’empêche d’être convaincant et donc de décoller dans les sondages. Franz-Olivier Giesbert le résume avec cette formule lapidaire : « gaulliste de poche ».

Eva Joly, la monotonie

Les lunettes d’Eva Joly étaient rouges. Aujourd’hui elles sont vertes. Cela ne change rien : elle regarde toujours par dessus, ce qui lui confère un air inquisiteur, soupçonneux. Autre écueil : la candidate a des tics qui perturbent la clarté de son discours : un tic avec la bouche et un tic de langage – beaucoup de phrase commençant par « alors ».
Mais ce qui frappe le plus lorsqu’on l’écoute, c’est la monotonie de son discours : aucune rupture de rythme, de volume ou d’émotion. De plus, elle sourit peu. Conséquence : on a le sentiment qu’elle n’y croit pas. Ce sentiment est renforcé par le mouvement de tête un peu automatique qui lui confère un style « robot ». Résultat, elle dégage une certaine froideur et ne crée pas le contact avec les téléspectateurs, d’autant plus qu’elle regarde souvent vers le bas.
Cependant, il est intéressant de constater qu’Eva Joly s’anime et devient naturelle lorsqu’elle se met à parler des « affaires » Bettencourt et Karachi. Faut-il en conclure qu’il s’agit du seul sujet qui passionne l’ancienne juge d’instruction ?

Eva Joly est la plupart du temps « éteinte » et est incapable de ressentir ou de feindre l’enthousiasme et de la passion pour son nouveau métier de femme politique. Il fallait donc s’y attendre : ennuyeuse, elle ne décolle pas dans les sondages.

François Hollande, la sympathie bonhomme

François Hollande ne commet aucune erreur de forme : il est souriant, apparaît à l’aise et dynamique. Il appuie bien sur les mots importants et répète ceux qui lui paraissent essentiels : « redresser » par exemple. Il théâtralise son intervention en variant les intentions et les émotions. La seule chose qu’on peut lui reprocher c’est de parfois « bouler » (ce terme est utilisé par les comédiens pour parler de quelqu’un qui va « manger » certaines syllabes).
Sa stratégie est simple : il oppose systématiquement le « je/moi » et le « il/lui/Nicolas Sarkozy ». Et on l’a remarqué, il tente depuis des mois de se donner une stature présidentielle et d’apparaître moins lisse. Malheureusement, cette stature présidentielle lui fait toujours défaut bien qu’il apparaisse plus sympathique que l’actuel Président de la République si l’on en croit le sondage évoqué au cours de son intervention par les journalistes.

François Hollande est encore largement en tête dans les sondages qui le donnent vainqueur haut la main au deuxième tour face au Président sortant. Il peine encore un peu à trouver la crédibilité qui l’installerait de manière certaine dans le fauteuil de son adversaire.

Marine Le Pen, la virulence dédaigneuse

La candidate du Front National a choisi sa tenue avec soin : loin d’être classique, sa veste aux teintes marron-vert avec des épaulettes rappelle l’uniforme militaire. Une manière d’annoncer d’emblée de jeu qu’elle est là pour revenir aux fondamentaux de son parti : l’ordre, la sécurité et l’immigration.
Pour faire passer son message, elle choisit sa posture et n’y déroge pas : combative, virulente, elle interpelle les journalistes, essayant de créer une complicité avec le téléspectateur qui se sentirait représenté dans son opposition aux élites parisiennes. Ironique, elle pratique le dénigrement à tour de bras sur un mode très familier. Elle est en cela fidèle à l’esprit familial avec une touche qui lui est personnelle : le sourire.
Pour étayer son propos, elle se repose sur des exemples précis. Elle insiste bien sur les mots importants et répète ceux qui lui semblent essentiels.
Le seul bémol à apporter à sa prestation réside dans sa démonstration finale : elle exhibe un dessin sur lequel elle a tracé neuf points et propose de trouver comment joindre ces points en seulement quatre traits. L’idée sous-jacente est de démontrer la nécessité de trouver la solution à certains problèmes en sortant du cadre de référence puisque pour résoudre l’énigme il faut dessiner deux traits qui sortent du « cadre » défini par les points extérieurs. Amenée dans la précipitation, dessinée à la main, on ne saisit pas bien le rapport entre cette énigme et le programme de la candidate, ce qui la fait terminer sur une note brouillonne.

Marine Le Pen communique très efficacement. Elle ressert cependant des recettes qui ont fait le succès de son parti depuis des décennies, et l’érosion de son score dans les sondages est certainement à chercher du côté de Jean-Luc Mélenchon qui, lui, apporte du nouveau en termes de communication.

Philippe Poutou, l’élève-candidat

Le candidat du NPA commet toutes les erreurs possibles en termes de techniques de prise de parole : il porte un gilet, deux boutons de sa chemise sont ouvertes, il est mal rasé, mal coiffé, exhibe des cernes sous les yeux, renifle, est affalé sur la table… Il porte des regards inquiets et fuyants lorsqu’on lui pose la première question, il s’essuie les mains sur son pantalon, parle trop vite, perd le fil de son raisonnement, ne finit pas ses phrases, utilise un langage ultra-familier… Bref, il est devant les caméras comme dans la vie.
Pourtant, lemonde.fr relève que Philippe Poutou est le candidat qui a le plus crevé l’écran au cours de cette première soirée. Pourquoi ? Parce qu’il a été sincère, drôle, touchant, naturel, qu’on a écouté avec attention l’histoire de cet ouvrier devenu candidat un peu malgré lui à la Présidentielle et qu’on s’est dit : « dans la même situation, je n’en mènerais pas large non plus. »
Mais voilà, vote-t-on pour un candidat qui nous ressemble ? Certainement pas. On vote pour quelqu’un qui va être un guide et qui va être capable de défendre nos idées mieux que nous auprès de ceux qui sont inaccessibles, ce qui explique le succès de la candidature de son prédécesseur, Olivier Besancenot.

Mercredi soir, ce n’est pas le candidat Poutou qui a crevé l’écran mais plutôt l’homme, Philippe. Au lieu de se placer en guide, il a pris la posture de l’élève, de celui qui apprend à être candidat : il n’y a qu’à voir son sourire de satisfaction lorsqu’il termine à la seconde près sur le son de la cloche ou son air contrit quand on lui demande de ne pas interrompre le journaliste.

François Bayrou, le poussiéreux

Le candidat du Modem apparaît calme, paisible, tranquille et sûr de lui. Il est plutôt penché en avant sur sa chaise, signe d’implication, il insiste bien sur les mots importants et fait des pauses quand elles sont nécessaires. En apparence, il ne commet aucune erreur, à part quelques « euh » et une élocution quelque peu hachée, presque enfantine.
Comment s’est-il ainsi fait distancer dans les sondages par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ? Tout simplement parce que contrairement à ces deux candidats il n’apporte rien de nouveau sur le plan de la communication.
Le style de François Bayrou est vieillot et on s’ennuie quand on l’écoute. Il ne théâtralise pas, ne joue pas les personnages qu’il évoque, ne donne pas d’exemples précis, parle peu des électeurs en tant qu’individus. Ses références sont trop éloignées de celles de son électorat : Henri IV, l’Edit de Nantes… Lorsqu’il s’énerve, on a du mal à le prendre au sérieux parce que sa voix ne change pas : elle reste douce et égale.

Face aux deux bulldozers de communication que sont la candidate du Front National et le candidat du Front de Gauche, François Bayrou fait vieillot. Même le nom de son parti n’est pas à la page : il y a longtemps que les français ont troqué leurs modems contre des « box »…

Jacques Cheminade, le savant fou

Jacques Cheminade est le plus âgé des candidats, et au premier abord il a tout du Papy sympa – avec ses défauts. Son élocution est peu claire, ses phrases sont alambiquées. Il sourit quasiment tout le temps, est très poli et n’entre jamais dans le registre de l’indignation. Sa voix est un peu rentrée, pas suffisamment posée.
Il appuie en revanche bien sur les mots importants et ne commet pratiquement aucun « euh ». Mais à l’écouter, il passe du Papy sympa au savant fou, et on a vite envie de se dire qu’il est peut-être dangereux.

Ovni par ses propositions, Jacques Cheminade ne parvient jamais à nous convaincre qu’il est quelqu’un de sérieux, et semble glisser sur cette campagne sans jamais réussir à motiver qui que ce soit à voter pour lui.

Nicolas Sarkozy, le pro en roue libre

Le Président de la République se présente aux français en costume noir, cravate noire, voulant nous faire comprendre : « la situation est grave, je suis l’homme de la situation, sobre et surtout pas bling-bling ». Il a développé toute une palette de communicant d’une efficacité absolument redoutable. Il insiste bien sur les mots importants, qu’il répète quand il le juge nécessaire, fait des silences, utilise des superlatifs, est comédien : il vit les choses avec son corps et sa voix plutôt qu’il ne les joue. Sa palette est immense : séduction, mépris, indignation, colère, détermination, victimisation… C’est ainsi qu’il maintient un intérêt constant du téléspectateur avec une facilité ultra professionnelle.
Sur le plan de la rhétorique, sa technique est bien rôdée : questions qu’il pose lui-même et dont il apporte la réponse immédiatement, essayant ainsi de ne laisser au téléspectateur aucun autre choix que celui d’être d’accord, hyper personnalisation (« je », « moi », …), évocation de tout avis ou fait comme une évidence, apostrophe de ses interlocuteurs (« permettez-moi de vous dire »).

Le Président fait du Sarkozy comme on le connaît par cœur, quitte à lasser. C’est en restant fidèle à son mode de communication qu’il a réussi à grignoter quelques points dans les sondages, a priori trop peu pour espérer conserver son fauteuil dans quelques jours.

Nathalie Arthaud, la débutante

Malgré le fait qu’elle soit souriante et naturelle, Nathalie Arthaud n’est pas une pro de la politique. Comme Philippe Poutou, elle commet un grand nombre d’erreurs sur le plan de la communication : elle joue sur une seule émotion (la colère), a des tics de langage (« vous savez », « euh », « quand même »), ne termine pas ses phrases, parle vite, est désarticulée avec la tête rentrée dans les épaules et lorsqu’elle tente une mise en scène, c’est pour montrer une feuille absolument illisible.
En revanche elle livre des exemples pour étayer ses propos et utilise des analogies parlantes (parallèle entre l’interdiction des licenciements et l’interdiction de l’expulsion locative…).

Nathalie Arthaud oublie qu’elle s’adresse en priorité aux téléspectateurs à travers les journalistes et qu’il est essentiel de les prendre en douceur afin de ne pas lâcher tout le monde dès la première minute.

Jean-Luc Mélenchon, le prof préféré

Pour moi Jean-Luc Mélenchon est le meilleur orateur de cette campagne. Et cela s’est confirmé une nouvelle fois au cours de l’émission. Il donne l’impression de se balader dans cette interview, à l’aise comme un poisson dans l’eau. Ses gestes sont amples, il rit, fait de l’humour, vitupère, harangue, pointe du doigt, jubile… Il n’hésite pas à se moquer gentiment des journalistes et force le respect avec l’utilisation de termes soutenus ou désuets tels que « olibrius », « au demeurant », « coi », « piapiater » et « sornettes ». Bref, on est au spectacle et on aime ça.
Mais ce qui marque sa différence, c’est que son discours suit une véritable progression : contrairement aux autres candidats qui pour la plupart utilisent un seul registre, il passe distinctement de la convivialité au début de son intervention à la colère à la fin.

Par une maîtrise naturelle de la communication orale et le choix d’une posture de « professeur » dont il ne déroge pas, Jean-Luc Mélenchon a su s’imposer comme un grand tribun, démontrant ainsi qu’en politique tout n’est pas qu’une affaire d’idées mais aussi de communication.

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Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est le meilleur orateur parmi tous les candidats

 

La popularité de Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de s’accroître depuis sa déclaration de candidature en janvier 2011. Comment a-t-il réussi un tel tour de force ?
Les raisons sont bien entendu multiples, mais nous allons nous attacher en en détailler une en particulier : son talent oratoire.

Jetez un œil sur son meeting de Montpellier le 8 février.

L’implication de l’auditoire

Tout d’abord, Jean-Luc Mélenchon salue systématiquement en début de meeting les gens présents ainsi que les personnes le regardant sur le web et à la télévision. Il n’oublie pas de remercier les militants ayant organisé l’évènement. Par cette introduction, il permet à chacun de se sentir impliqué dès les premières secondes dans le « spectacle » qu’il livre.
Ensuite, il prend soin de regarder l’ensemble de son auditoire, en se tournant alternativement vers les spectateurs se trouvant à sa droite et à sa gauche.
Enfin, il utilise bien plus souvent les pronoms personnels « nous » et « on » que « je ».

En impliquant ainsi l’ensemble des gens qui l’écoutent, en les appelant « mes amis », il leur signifie que ce sont bien eux les « héros » de l’ « histoire » qu’il est venu leur raconter. Il le souligne par ailleurs en précisant bien qu’il n’est qu’un « maillon dans la longue chaîne du temps » (7’50″) et que « Nous créons avec le Front de Gauche, non pas une meute autour d’un personnage, mais une force politique consciente, éduquée » (9’04″). Il en fait d’ailleurs un argument de campagne qu’il avance à chaque intervention publique.

Un mentor

Lors de ses rencontres publiques, Jean-Luc Mélenchon exhorte régulièrement ses troupes à être très à l’écoute des arguments qu’il leur sert pour dénigrer ses adversaires, afin de pouvoir en faire usage eux-mêmes au cours de leurs conversations quotidiennes. Il prend ainsi la posture du mentor, voire du professeur, renforcée par de fréquents appels au calme et à l’écoute.
Il ne cherche pas d’ailleurs à adapter son vocabulaire en fonction de ses interlocuteurs, comme peut le faire parfois Nicolas Sarkozy. Employant un langage courant, voire parfois soutenu, le message est « Nous construisons quelque chose ensemble, mais n’oubliez pas que c’est moi le leader ». Il ne se présente d’ailleurs pas, comme le font Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, en tenue décontractée, mais bien en costume-cravate.

Le rythme

Jean-Luc Mélenchon sait que pour retenir l’attention de son auditoire sur une longue période, il est essentiel de faire des ruptures : ruptures de rythme, de volume, de débit, montées en puissance… Il en use avec beaucoup de talent : regardez le, à 5’06″, proposer une nouvelle montée en énergie et en émotion qui le mène à son point culminant à 6′.

Il sait également utiliser à bon escient les silences, laissant à la salle le temps de peser le poids des mots qu’il vient de prononcer, créant ici un suspens, là une tension.

Enfin, il maintient l’attention grâce à des anecdotes et des pointes d’humour, comme lorsqu’au cours d’un meeting à Villeurbanne il moque le mouvement des bras  accompagnant le slogan de François Hollande, expliquant que se renseignant auprès d’un expert de la langue des signes il réalisa que ce geste signifiait « radio du thorax ». Rebondissant sur cette anecdote, il précise alors qu’une radio du thorax les informera fort à propos que « le cœur est à gauche et le portefeuille à droite ».

La posture

Jean-Luc Mélenchon porte presque exclusivement une cravate rouge et un costume gris lors de ses meetings. De la même manière, l’espace scénique est toujours rigoureusement identique. Cela prouve à quel point la mise en scène revêt une grande importance pour le candidat. Il s’agit encore une fois d’être un repère constant et fiable pour les électeurs.

Sa gestuelle est très présente, haute et ample, très théâtrale. Jean-Luc Mélenchon est un tribun et il donne physiquement de sa personne pour interpeller son auditoire. Pointant du doigt ici, serrant le poing là, tapant sur la table à l’occasion, il hausse le ton, fait des mimiques, sourit, éructe, bref provoque des émotions chez ceux qui l’écoutent et le regardent. Comédien, il propose un véritable spectacle sans lire aucune note, ce qui est une performance pour des meetings qui durent toujours plus d’une heure.

Comme l’immense majorité des politiques français, il s’exprime derrière un pupitre dont on sent qu’il l’embarrasse. Il oscille ainsi à gauche et à droite de celui-ci sans jamais pouvoir s’en séparer. Il gagnerait encore en force de conviction en s’affranchissant de cet accessoire inutile puisqu’il ne lit pas et en évoluant librement sur scène avec un micro-cravate ou un micro-serre-tête.

Le vocabulaire

Jean-Luc Mélenchon s’exprime de manière très naturelle et ne commet aucune faute de français contrairement à celui auquel on l’a parfois comparé : Georges Marchais. Son vocabulaire gravite autour de trois thématiques principales :

  • L’humain : femme, homme, citoyen, humain, dignité, courageux, proches, humanité, vérité, cœur…
  • Le combat : affronter, lutte, révoltés, insoumis, force, radicalité, têtes dures…
  • Le dénigrement : bêtise, imbécile, stupide, cruel, démente, vomit, nauséabond, salopard…

Si les deux premières thématiques sont courantes dans le langage politique, la troisième est ce qui fait la particularité du candidat. Cela renforce encore la posture du « professeur », distributeur de bons et mauvais points.

Au delà des idées, si Jean-Luc Mélenchon réussit à mobiliser ainsi l’intérêt, la sympathie et parfois l’adhésion, c’est donc par des grandes qualités d’orateur : maîtrise des ruptures, talent de comédien, usage pertinent de la langue. Mais c’est également par le choix d’une posture dont il ne déroge pas : celle du professeur, du mentor.

Découvrez l’article de Jean Sommer sur le même sujet.

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« Le coach vocal des politiques » nous révèle quelques secrets des candidats

 

Jean SommerOn écoutera avec attention sur le site de l’Express l’interview de Jean Sommer, spécialiste de la voix . Il y décrypte les voix de Sarkozy, Hollande, Le Pen, Bayrou, Melenchon et Joly.

Outre le fait qu’il met le doigt sur des choses extrêmement justes, telles que la manière qu’a Nicolas Sarkozy d’adapter son comportement et sa voix à ses interlocuteurs, la constance de François Bayrou ou bien un regard différent sur l’accent d’Eva Joly, il nous livre une conclusion qu’il est important d’avoir toujours à l’esprit quand on prend la parole en public : les idées sont importantes, mais ce qu’il l’est tout autant c’est la capacité à les faire passer.

Quand vous avez une intervention orale à faire, soyez comme les « bons » politiques : incarnez vos idées.

Découvrez le blog de Jean Sommer.

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Xavier Niel, un Steve Jobs de supermarché

 

Xavier NielOn le lit partout : Xavier Niel, le patron de Free, serait le Steve Jobs français. Pourquoi ?
Au delà des rumeurs, fausses fuites et mystères qui entourent son offre comme le faisait le patron d’Apple, au delà de son goût pour les tenues décontractées, c’est également parce que contrairement à l’usage en France, il a fait sa présentation debout à l’aide d’un support visuel sobre et suivant une “mise en scène” orchestrée.



Ce titre de “Steve Jobs français” est-il légitime ? Si l’on s’en tient à la présentation du 10 janvier, ma réponse est non.
Car Xavier Niel commet un grand nombre d’erreurs dont le patron d’Apple savait se tenir éloigné.

Il est insuffisamment préparé

Là où le discours de Steve Jobs est parfaitement huilé, Xavier Niel fait preuve d’énormément de confusion et d’effets d’annonce ratés.
On sait que l’accroche est un des moments les plus importants d’une présentation : il s’agit de la première impression que l’orateur laisse aux spectateurs. Si on passe à côté, il est ensuite très difficile de “rattraper” le public.

Jetons un œil plus particulièrement sur celle que nous propose Xavier Niel à 3’12” à l’issue de la vidéo parodiant ses concurrents.
“Franchement, nous ils nous font bien marrer. Et quand même c’est nous tous les pigeons. Enfin c’est surtout vous maintenant parce que moi je suis déjà passé chez Free Mobile. Pour vous ça va continuer encore quelques minutes malheureusement. On a un ADN chez Free qui est quelque chose d’extrêmement important qui est de dire… quel est le type de produit que l’on souhaite faire. C’est assez simple. Notre secret est assez simple. C’est d’avoir à la fois la meilleure offre, l’offre la plus complète et dans le même temps de pratiquer un prix inférieur ou un prix standard, moyen du marché.”

Outre le fait que la lumière s’allume environ 15 secondes après qu’il a commencé à parler, on sent qu’il n’a pas suffisamment répété pour que le message soit limpide et compréhensible. L’idée de traiter les spectateurs de pigeons est discutable, mais admettons cette image… il aurait été bien plus efficace de dire :
“Nous sommes tous leurs pigeons. Ou plutôt vous êtes tous leurs pigeons puisque moi je suis déjà passé chez Free Mobile. Chez Free, notre secret est simple : la meilleure offre au meilleur prix.”

Le reste de son intervention est jalonné de ces approximations oratoires, dont voici la plus emblématique à 25’16” :
“Bien sûr je vous le redis, les deux offres sont séparées, contrairement à d’autres. Donc de la même manière, dans ce cadre-là, vous souhaitez résilier votre Freebox et garder votre abonnement mobile, y’a pas de problème. Vous souhaitez garder votre abonnement mobile et rendre votre Freebox, y’a pas de problème. Je crois que j’ai dit deux fois la même chose, mais c’est pas très grave”.

Support visuel : peut mieux faire

Le patron de Free ne fait pas comme nombre de présentateurs : il ne lit pas ce qui est écrit sur son support visuel et nous épargne ainsi les diapositives ultra-bavardes, pleines de texte et de listes à puces.
Mais tout n’est pas parfait.

Xavier Niel ne vend pas des produits, il vend des services. Là où Steve Jobs propose des démonstrations, le patron de Free, lui, ne peut proposer que des chiffres.
Et pourtant, lorsqu’on accompagne sa démonstration d’un support visuel, il est important de prendre en compte cette notion de “visuel”. Et donc de proposer des images, des photographies, des schémas, du texte mis en valeur, bref tout ce qui permettra aux spectateurs de retenir le message grâce aux émotions que les apports visuels leur auront procuré.
Xavier Niel ne propose de visuel que les photos des téléphones proposés avec son forfait. Et un escargot franchissant péniblement la barre des 1Go, symbolisant l’offre internet de ses concurrents, sans filer la métaphore en comparant Free à tout autre animal rapide, agile et endurant. Enfin il montre un téléphone enchaîné à 19’33” pour dire “non au simlock”. Il aurait été inspiré de barrer ce téléphone enchaîné afin que l’image et le discours soient cohérents.

Il propose également des tableaux comparatifs visant à prouver que son offre est réellement deux fois moins chère que celle de ses concurrents. Il fait donc des copies d’écran d’un site reprenant l’ensemble des offres de ceux-ci et et les montre sur son support visuel en y indiquant en dessous le multiplicateur par rapport à la sienne. Mais ces copies d’écran sont très bavardes et le texte qu’on y trouve est illisible et inintéressant pour sa démonstration. Il aurait été plus sage de le retirer.
De la même manière, à 17’33”, Xavier Niel nous propose un tableau comparatif du coût des appels depuis l’étranger. Le problème c’est que les spectateurs doivent plisser les yeux pour être capable de lire les chiffres qui sont écrits et qui ne servent à rien. De plus, il n’évoque que l’exemple des États-Unis. Quel est alors l’intérêt d’afficher deux autres séries d’histogrammes évoquant d’autres zones géographiques ? Il n’y en a aucun.

La transmission du message

Xavier Niel utilise quelques techniques qui servent bien son propos, notamment :
- la répétition : il répète certaines phrases ou bouts de phrases importants afin qu”ils soient mieux intégrés par son public
- les analogies : il utilise cette technique très puissante en réalité à une seule reprise : “Aujourd’hui, l’offre terminal plus forfait, c’est couscous-boulette. C’est à dire, je prends le couscous, je mets les boulettes, je mélange tout ça et on sait plus ce que je paie. »

Il omet cependant d’utiliser un autre outil essentiel à l’intégration et la compréhension du message : les anecdotes.

De plus, la présentation de Xavier Niel, contrairement à celles de Steve Jobs, manque d’un message unique mis en valeur par une formule-slogan. “Apple reinvents the phone” nous avait dit Steve Jobs en lançant l’iPhone en 2007. Il avait répété cette formule plusieurs fois afin qu’on en soit bien convaincu.
Rien de tout ça chez le Président de Free : pas de slogan, pas de citation… Rien qui donne envie de le considérer comme un visionnaire, un homme apte à changer le monde.

La seule chose récurrente au cours des 38 minutes que dure sa présentation c’est la notion de “pigeon”. Xavier Niel oublie que le vrai héros de toute présentation, ce n’est pas l’orateur, mais ce sont les spectateurs. Et que personne n’apprécie de se faire traiter de “pigeon”.
La même condescendance se retrouve vis-à-vis de ses concurrents qu’il appelle régulièrement “nos petits camarades”.

D’autre part, alors qu’il fait des annonces très fortes, Xavier Niel omet de les mettre en valeur.
Lorsqu’il nous livre le prix de son nouveau forfait à 19,99 EUR à 14’14”, il ne fait pas de pause, ne hausse pas le ton et redémarre immédiatement sur une nouvelle phrase. Les sifflements et applaudissements entendus dans la salle n’en font que plus artificiels. Il y a fort à parier qu’ils proviennent d’employés de Free exécutant avec zèle la tâche de “chauffeurs de salle” qui leur a été assignée.

La mise en scène

C’est peut-être là que le patron de Free se débrouille le mieux… avec quelques ratés.

La vidéo de présentation se moquant des concurrents et préparant l’entrée de l’orateur est une bonne idée. Malheureusement la lumière ne se rallume que 15 secondes après que celui-ci a commencé à parler.
Il est intéressant de montrer les catalogues de ses concurrents, mais il aurait été plus explicite d’en projeter une page.
Xavier Niel offre un forfait à 2 EUR à toutes les personnes présentes dans la salle à 31’30”. L’effet de surprise aurait sans doute été mieux réussi s’il leur avait proposé de regarder sous leur siège avant d’annoncer ce qu’ils allaient y trouver.

Un mauvais comédien

Steve Jobs a visiblement travaillé sur les techniques relatives à la prise de parole en public. Ce que n’a pas fait Xavier Niel.

Le corporel
Le patron de Free manque d’ancrage au sol : il bouge sans arrêt sans jamais aller nulle part.
Sa gestuelle est très répétitive, scandée, malgré quelques gestes métaphoriques appuyant avantageusement le discours

La voix
Son ton est globalement dans le registre de l’agressivité, sans nuances et sans ruptures de volume ou de rythme. Le débit est assez automatique, très répétitif et la voix est placée dans la gorge.

Se dégage donc une impression générale de de manque de sincérité et de sérénité. Là ou Steve Jobs jubile, sourit et dégage une vraie passion pour son propos, Xavier Niel n’apporte aucune nuance et se comporte en “robot” de la présentation.

Il n’est guère qu’un seul moment où il tente une incursion dans l’art dramatique : lorsqu’il fustige le “forfait RSA” proposé par ses concurrents et se place en “Robin des Bois” de la téléphonie mobile à 28’14”. La rupture de ton est totalement artificielle, l’indignation surjouée. On a le sentiment que Xavier Niel essaie de se convaincre lui-même par des phrases comme : “ça nous a vraiment scandalisés. Réellement.” Inefficace et gênant…

Un ersatz de Steve Jobs

L’offre de Free se démarque tellement de celle de ses concurrents qu’on en entend parler un peu partout, mais la prestation de Xavier Niel nous laisse au final avec la sensation d’avoir assisté à un brouillon. Le patron de Free a peut-être lu le livre de Carmine Gallo “Les secrets de présentation de Steve Jobs” mais s’est cru tellement fort qu’il a pensé pouvoir tout faire tout seul et sans grande préparation.
Au final, il est à l’ancien Président d’Apple ce que le Nustikao est au Nutella : un ersatz avec les mêmes ingrédients, mais sans la saveur de l’original.

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Steve Jobs, un communicant de génie

 

Steve Jobs était un génie de l’innovation. C’était également un communicant extraordinaire.

Carmine Gallo qui a écrit plusieurs ouvrages sur les « secrets » de Steve Jobs nous livre dans la vidéo suivante quelques éléments pour comprendre comment l’ancien patron d’Apple s’y prenait pour électriser son public.

Voici ce que Gallo relève :
- La 1ère phrase est essentielle, elle doit introduire le propos et frapper le spectateur : Today, Apple is going to re-invent the phone!
- Steve Jobs utilisait des transitions claires pour ouvrir et fermer chaque partie de son intervention
- Steve Jobs était passionné et enthousiaste
- Make numbers meaningful : quand Steve Jobs avançait un chiffre, il lui donnait un sens pour le spectateur. 4 millions d’i-phones vendus, c’est 20 000 par jour.
- Les diaporamas de Steve Jobs étaient très visuels : très peu de texte.
- Ses présentations étaient conçues comme des spectacles.
- En conclusion, Steve Jobs ouvrait toujours son propos sur autre chose

A la lumière de cette analyse, étudions plus précisément l’intervention faite par l’ancien patron d’Apple lors du lancement du premier iPhone au cours du MacWorld 2007.

Les trois premières minutes constituent l’accroche.
« Voici le jour que j’attends avec impatience depuis deux ans et demi. De temps en temps, un nouveau produit arrive qui change tout. »

Steve Jobs fait ensuite un peu de teasing autour des trois fonctionnalités de son nouveau produit. Et ensuite :
« Aujourd’hui, Apple va ré-inventer le téléphone ».

Tout le reste de la présentation se passe de cette manière : Jobs crée le suspens et conclut ce suspens par une annonce forte. Son sens de la dramatisation est exceptionnel. De plus, il s’appuie sur des diapositives très peu bavardes mais extrêmement visuelles. Ajoutez à cela une parfaite maîtrise des techniques de prise de parole en public.

Faites comme Steve Jobs : ayez une accroche inoubliable et relancez l’attention de la salle par du suspens et des effets d’annonce. Ajoutez à cela du visuel.

Voilà pourquoi Steve Jobs était l’un des meilleurs orateurs au monde.

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